Elle avait enfourné le rideau dans un grand sac en plastique ainsi que divers objets ramassés au hasard et se tenait debout devant la porte à l’attendre, prête à partir. Sur le seuil il resta quelques instants les yeux plantés dans le slogan du t-shirt visible entre les pans du blouson. “Me like story !” Elle fronça les sourcils.
- Qu’est-ce qui se passe ?
Il releva la tête et lui prit le sac en plastique et de l’autre main lui prit la main et l’entraîna. Ils montèrent plus haut les étages jusqu’à la porte d’accès au toit mais elle était verrouillée. Ils redescendirent à l’étage inférieur et firent le tour du bâtiment. Qu’est-ce qu’ils pouvaient faire ? Il ne savait pas ce qu’ils faisaient.
Devant la porte de la bibliothèque universitaire il s’arrêta.
- Je t’avais dit que je te trouverai d’autres livres.
- Est-ce qu’ils savent qu’on est là ?
- Ça changerait quoi ?
- Ça changerait quoi ?
- Oui.
- On pourrait trouver un moyen de sortir. On aurait du temps.
- Il n’y a rien à trouver. On répète toujours les mêmes choses, c'est comme ça.
Elle le suivit à l’intérieur. Ils traversèrent la salle sans un regard aux rayonnages, s’enfonçant dans le poudroiement de la lumière grise qui était comme la cendre de minuscules typographies s’échappant des kilomètres d’ouvrages. Leurs têtes bourdonnaient. Ils s’approchèrent des baies vitrées.
De ce côté du bâtiment ils pouvaient voir au loin la tour Eiffel enroulée dans des panaches de fumée, comme une fusée prête à se propulser dans l’espace. Sans plus de but que de traîner sur l’écliptique quelques tonnes de métal, un souvenir imperceptible déconnecté de toute chose. Sans plus de joie qu’un acteur rejoignant la coulisse.
Ça n’était qu’une image.